Hommage à Pierre Moeschler (1930-2022)

Recruté comme Assistant au Département d’Anthropologie de la Section de Biologie de la Faculté des sciences, Pierre Moeschler y a été nommé professeur extraordinaire, puis ordinaire. Il a exercé les fonctions de président de la Section de biologie, doyen de la Faculté des sciences et vice-recteur de l’UNIGE.

Vers 1970, l’Anthropologie dite physique, obsédée par des classifications raciales incohérentes, est tombée en désuétude et s’est partagée entre les sciences du passé (paléontologie et archéologie) et la biologie moderne, basée sur la génétique des populations et les données moléculaires. Parmi ses héritiers, Pierre Moeschler, tout en favorisant ces nouvelles orientations, a contribué à une autre « révolution » de l’Anthropologie, devenue « biologique » : celle de l’interdisciplinarité qui remettait l’étude des peuplements humains dans leur contexte général géographique, démographique, médical, architectural, économique et socioculturel. Ceci en analysant, en particulier, les interactions dans ces approches, jusque-là cloisonnées entre les tiroirs non-communicants des universités et des laboratoires. Avec Claude Raffestin, géographe, et bien d’autres, Pierre Moeschler fonda le Centre universitaire d’écologie humaine et des sciences de l’environnement de l’UNIGE, qu’il dirigea de 1976 à 1986.

Pierre Moeschler était aussi discret que cultivé, humain et visionnaire. Ses initiatives locales, européennes et internationales ont fait reconnaître et développer à l’université les approches nouvelles de l’écologie, depuis la science fondamentale jusqu’aux applications à la vie quotidienne et aux services à la cité ou à l’Etat. Il n’a pas été simple de partir d’une formation en anatomie et biométrie classique, à une époque où l’écologie n’était qu’un petit chapitre confidentiel de botanique et de zoologie, pour en faire une science de référence, populaire dans le monde d’aujourd’hui. Il a fallu beaucoup d’énergie, de finesse et de diplomatie de la part de scientifiques et d’administrateurs comme Pierre Moeschler, pour établir des liens entre des personnes et des équipes qui n’avaient pas souvent envie de travailler ensemble, ou qui voyaient d’un mauvais œil ce qu’une territorialité abusive leur faisait considérer comme une intrusion dans leur pré carré. Modeste, efficace, n’ayant aucun goût pour la médiatisation personnelle, Pierre Moeschler, qui vient de nous quitter, a largement contribué à donner à l’Ecologie générale et humaine, la place qui lui revient dans la société et dans les universités européennes aujourd’hui, à Genève en particulier.

Par André Langaney, Professeur honoraire de la Section de biologie