Mon stage au Panama

Jennifer Vionnet, étudiante en biologie à l’UNIGE, a participé en 2016 à un projet de réhabilitation des primates dans le sanctuaire et centre de recherche d’Alouatta Sanctuary.

Où est situé ce sanctuaire et quelles sont les espèces qu’il abrite ?

Il est situé dans une forêt tropicale primaire dans la péninsule de Batipa, dans la province de Chiriquì. Nous vivions dans le campement de base, une zone défrichée se trouvant au bord d’un estuaire. Deux tamarins de Geoffroy et trois singes hurleurs âgés de quelques mois étaient hébergés dans deux enclos. De nombreuses troupes de singes sauvages s’intéressaient aussi à nos activités.
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Campement de base

Tamarin de Geoffroy

A 40 minutes de marche se trouve le «triangle», un grand espace défriché en pleine forêt tropicale et comportant deux vastes enclos, dont l’un abritait deux singes hurleurs juvéniles. Nous hébergions également un mâle hurleur ainsi qu’une femelle capucin et son petit, réhabilités mais en visite fréquente.


Toilettage de maman capucin. Bébé dort

Puis retour à la vie quotidienne

Comment vous occupiez-vous des bébés singes ?

Les petits singes hurleurs étaient pesés puis nourris au biberon. Ils étaient encouragés à passer le plus de temps possible dans les arbres du sanctuaire, car le sol représente pour eux un réel danger en milieu naturel. Nous représentions leur figure maternelle, sans laquelle ils dépérissent, et reproduisions les interactions naturelles entre la mère et ses petits.

Durant les «marches de réhabilitation», les petits étaient replacés dans la forêt tropicale afin d’exercer leur agilité dans un milieu plus inhospitalier, de les sensibiliser aux dangers tels que des plantes piquantes ou des insectes nocifs, et de se familiariser  avec leur environnement d’origine. Des aliments étaient ensuite placés en hauteur pour les habituer à chercher leur nourriture dans les arbres. Leurs divers comportements étaient tous dûment répertoriés à des fins de suivi et de recherche.

 

 

En quoi consistaient vos activités au «triangle» ?

Les montées biquotidiennes au triangle étaient quelque peu éprouvantes, dans un air saturé d’humidité et à plus de 35°. Les sacs de nourriture, les habits de protection contre les insectes, ainsi que l’attention portée aux serpents, araignées et autres scorpions ne nous facilitait pas non plus la tâche.

Nous sortions les deux singes hurleurs juvéniles de leur enclos pour les emmener dans la forêt tropicale, en quête de leur propre nourriture. Les collectes de données comportementales s’effectuaient au cours des trois heures de sortie. Les juvéniles étaient ensuite ramenés dans leur enclos avec un seau de nourriture. Les singes araignée, quant à eux, étaient laissés en liberté, mais ils venaient à chacune de nos visites afin d’être nourris. En effet, n’étant pas dans leur habitat naturel, ils n’y trouvaient pas la nourriture adéquate. Ils ont ensuite pu être relâchés à l’est du Panama, leur lieu d’origine.


Transport vers la forêt

Jennifer (alias Jane) et le singe araignée

Aviez-vous d’autres tâches ?

Beaucoup de temps était dévolu à la préparation de nourriture adaptée à chaque espèce, ainsi qu’au nettoyage régulier des cages et des enclos. Il fallait classer les fiches de données et remplir des fiches récapitulatives pour permettre le suivi des individus, de leurs problèmes et de leur progrès. Quelques visites chez le vétérinaire ont également été nécessaires. Nous travaillions en moyenne 10 heures par jour, avec une demi-journée de congé par semaine. Il y avait aussi quelques imprévus à gérer…

 

Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

Ce stage m’a permis d’apprendre énormément de choses sur ces singes. J’ai appris à collecter des données, à échafauder des stratégies de réhabilitation, à observer d’une manière différente et à interpréter mes observations. Il m’a également permis de me responsabiliser et de tester mon aptitude à vivre dans un tel environnement. Vivre entourée d’une biodiversité si riche a été un réel moment de plaisir, à titre personnel et en tant que future biologiste.

Singe hurleur mâle…et dialogue avec ses congénères

Quels sont vos projets actuels ?

J’aimerais poursuivre mes études dans cette voie et faire un master en Angleterre. Il existe des formations spécialisées dans la gestion d’un parc ou d’une réserve de faune sauvage, en vue de la réhabilitation et de la conservation d’espèces de mammifères.

Mon séjour présentait aussi d’autres curiosités :

Papillon peu farouche

Singes hurleurs femelles sauvages

Araignée multicolore

Opossum (petit marsupial)

Araignée rayée

© Jennifer Vionnet